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"Mon esprit joue
volontiers à débarrasser les trognes des rides, de l'avachissement des chairs,
pour rappeler les
bouilles juvéniles. C'est l'un de mes plaisirs secrets, attablé seul à la
terrasse de mon vieux Café du
Lycée. Le jeu est encore plus rafraîchissant avec les bonnes dames, qui
passent pesamment,
bedonnantes et ballantes, de ressusciter, une fois ces stratifications écroûtées
et lessivées, les midinettes nubiles de nos rêveries adolescentes. Pas un soupçon
de mépris dans mon regard, rien que de l'émotion, une tendresse nostalgique.
Je les aime bien, ces mémères survivantes de ma ville d'enfance, moi qui sais
voir les vives jouvencelles qu'elles dorlotent secrètement, miraculeusement
conservées vivantes dans la graisse des ans. Elles sont miennes aussi, ces
dondons dandinantes, vieilles vestales de mes vertes amours. Le souple roulis de
leurs énormes poitrines m'émeut jusqu'au frisson au souvenir des durs petits
seins en poire de jadis."
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